Une fois n'est pas coutume, cette année ce furent deux shihans venus du Japon qui débarquèrent chez nous. Un luxe pour un stage relativement confidentiel (même si l'on observait la présence de pas mal de Hollandais, d'espagnols et même d'un Ukrainien...
Shihan Pedro Beltrans et shihan Raoul Wildeboer complétaient le staff d'encadrement du stage. Pedro Beltrans, un personnage bien sympathique et archi cool (même si cette année il ne m'a pas offert de cadeau). Ce shihan est une incontournable personnalité du kyokushinkai espagnol, dont l'éviction de l'IKO3 (pour le simple motif qu'il participait aux activités de l'Union Kyokushin) a fait pas mal de bruit. Son épreuve des 50 combats à plus de 50 balais a démontré qu'il était encore loin d'être un has-been! Raoul Wildeboer, shihan néerlandophone au physique de Godzilla, c'est un témoignage vivant. Témoignage de ce qu'est (ou a été)le Kyokushin néerlandais : puissant et rustre. Joignant le geste à la parole, ce colosse se plaît à démontrer ce qu'est le vrai esprit kyokushin. Lorsqu'il évoque le passé, on semble percevoir un rien de nostalgie chez ce Maître, tombé dans le chaudron de potion kyokushin lorsqu'il était petit ( potion préparée par les druides Bluming et Gordeau).
Les deux shihans japonais, très complémentaires mais très différents, sont une énigme ambulante. Deux grands des grands dans le kyokushinkai, shihan Tabata et shihan Shichinoe sont deux opposés.
Le premier (Shihan Tabata), raffiné, distingué, de petite taille et au gabarit léger est l'image même de la perfection technique. Chaque mouvement exécuté par ce septième dan pourrait figurer dans une encyclopédie. Explosif et fort souple, ce maître soigne tout particulièrement ses techniques, et ponctue ses interventions de notes d'humour dans un anglais fort correct. C'est le gentleman du kyokushinkai. Le contraire de toutes les caricatures que l'on pourrait faire des guerriers kyokushin.
Son comparse, Shihan Shichinoe est l'opposé : fort grand pour un japonais, il a une carrure de culturiste. Sa dégaine de bûcheron et sa simplicité nous rappelle que ce shihan nous vient tout droit des campagnes (il vient d'Okinawa). Ses poings, volumineux comme des gants 12 OZ, portent les stigmates d'une vie d'entraînement. On ne serait pas étonné d'apprendre que ce gars a passé deux ans dans les forêts à flyer dans les troncs d'arbres. Fort souple également, il a indéniablement beaucoup moins de finesse dans ses techniques que son compagnon d'arme. Chaque mouvement est exécuté à la sauce Shichinoe. Son passé de grand champion le dispense des détails techniques. Il exécute ses techniques "au feeling", c'est à dire : peu importe la forme pourvu que ça soit efficace! Lorsque ce septième dan exécute ses techniques, il y a un je ne sais quoi de personnel et de simplifié dans ses gestes. Ce qui est fort inhabituel à ce niveau... Mais bon je plains le gars qui un jour s'aventurera à lui faire une remarque... Mieux vaudra pour lui n'être jamais venu au monde. Car Shihan Shichinoe est un rouleau compresseur. Son karate préhistorique est dévastateur.
Ce stage très bien organisé m'a permis de voir que notre cher Roland Habersetser n'était pas tout à fait dans le bon lorsqu'il disait que chaque style de karaté était adapté à une certaine morphologie... Il n'y a qu'un karaté que chacun pratique en fonction de sa morphologie et de son tempérament. |